A NOUS PARIS
semaine du 31 mars au 6 avril 2003
par Myriem Hajoui
ILS FONT PARLER LES CORPS!
Il est rafraîchissant par les temps qui courent d’assister
à un spectacle qui ne ressemble à aucun autre! C’est
le cas de cette création originale qui associe danse, théâtre,
musique et couleurs pour le plus grand plaisir des fans de transversalité
et de décloisonnement. Franco-canadienne aux origines vénitiennes
et hongroises, la polyglotte Nadia Vadori fait du théâtre
en mouvement sans le soumettre systématiquement au langage.
Intimement convaincue que l’on peut communiquer sans les
mots, elle décortique le manège des relations humaines
( codes sociaux et comportementaux) au gré des différentes
phases des cycles affectifs qui régissent notre vie. tout
ce qui bouillonne dans le glacis des conventions explose alors
derrière l’épaisseur du silence! Montée
par fragments comme des séquences filmées, cette
envoûtante chorégraphie verbale édifie son
univers autours de multiples intrigues évoquant la puissance
de ce qui est réprimé. fortement inspirée
par Valère Novarina (“Ce dont on ne peut parler,
c’est cela qu’il faut dire”), la chorégraphe
et sa compagnie Les Souliers Rouges explorent l’asphyxie
des élans, la suprématie de l’artifice sur
le naturel, l’amour, la jalousie, l’incommunicabilité
entre les êtres, la beauté fulgurante des petits
riens. Tango des regrets, valse des désirs... tout cela
nous “parle” avec une belle intensité émotionnelle.
Les corps s’entremêlent au cours des tableaux vivants
tissant une véritable toile à l’esthétisme
lêché: un couple évolue lié par des
élastiques, des amoureux roucoulent avant de se cogner,
deux soeurs siamoisent séduisent un passant, etc. Nimbée
de poésie et de drôlerie, chaque scène est
fertilisée par de belles lumières (Philippe Sazerat)
et une musique au petits oignons (Amnon Béham et Philippe
Orivel) oscillant entre Shubert et Bonnie Tyler. les comédiens
(Marjoriie Hertzog, benjamin Julia, Prune Lichtlé, Olivier
Luppens, Gaëtan Peau) sont tous épatants dans cette
partition impéccablement collective qui se passe de décorum.
Voilà un spectacle qui jaillit comme une fontaine d’idées.
Allez-y, vous ne le regretterez pas!
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LE PARISIEN
Mardi 1er Avril 2003
Laura Moudelaud
L’AMOUR ACROBATE
Difficile d’aimer, d’oublier, de pardonner...Pas forcément
besoin de mots pour exprimer le sentiment amoureux nous prouvent
les six comédiens-danseurs de la compagnie Les Souliers Rouges.
Dans “Motion & Motion”, au Sudden Théâtre,
les couples se font et se défont à un rythme acrobatique,
au son d’un melting-pot musical (blues, tango, techno...).
La mise en scène de Nadia Vadori est judicieuse; rien n’y
est pesant ou superficiel. Les moments d’émotion, de
poésie alternent avec l’humour et les trouvailles chorégraphiques
sont plaisantes, notamment le jeu de cache-cache avec les bouquets
de fleurs ou le jonglage avec une ficelle. Ces couples rugissent
comme des fauves, se déchirent ou miment l’absence
de communication, le désir repoussé. Comment passe
t-on de l’amour à la violence? cette saynète
est un petit bijou. Attention, ce spectacle ne se joue que jusqu’à
dimanche.
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DANSER
Juin 2003
par Daniel Conrod
DE LA NAÏVETÉ
Attendu qu’il ne sied guère de vilipender les classiques,
les contemporains ou les institutions, attendu qu’il est incongru
d’illustrer les mérites d’une danseuse régionale
ou d’un jeune chorégraphe d’origine congolaise,
attendu que revenir sur le 21 avril 2002 ou sur les maux de notre
système culturel suscitent une impatience quasiment générale,
bref, attendu qu’il ne faut rien dire ni écrire qui
puisse fâcher les importants d’hier, d’aujourd’hui
et de demain, je vais ici non sans crainte ni tremblement dresser
l’éloge de la naïveté. La naïveté
étant une toute petite vertu qui ne prend pas de place et
qui n’intéresse plus qu’un quarteron de pieds
nickelés, catégorie socio-culturelle non répertoriée
à laquelle je me flatte parfois d’appartenir, (.........)
Ce projet- cette calembraine, oserais-je dire-me sont venus à
l’esprit un samedi soir alors que je me trouvais à
Combs-la-Ville, au lieu dit, la Coupole. Il s’y donnait ce
soir là un spectacle intitulé-malproprement à
mon sens- “Motion & motion”. Le sous titre, “une
collection d’instants”, m’avait semblé
plus judicieux quoique moins intellectuel.De ce spectacle produit
et présenté par une compagnie joliment appelée,Les
Souliers Rouges, je dirais qu’il s’agit d’une
petite chose charmante et ravissante. Petite chose devant s’entendre
ici dans la langue du XVIIe siècle. Charmante et ravissante:
qui charme et qui ravit....
Je ne connaissais pas Nadia Vadori, danseuse théâtreuse
et faiseuse d’atmosphères... (......)
Il se voyait que Nadia Vadori n’avait pas eu de grands moyens
pour conduire son attelage. En revanche, ses qualités, elles,
étaient parfaitement perceptibles: la fraîcheur, l’art
du fragment, le goût de la fantaisie et des brusques ruptures,
une certaine manière de trousser en deux temps trois mouvements
une histoire minuscule, la cocasserie, le coq-à-l’âne
et tous autres ingrédients propres aux contes de fées
ou au cinéma de Jacques Demy... (......).
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